Émission du 21 décembre 2024
Fake fakir et illustres illusions
J’aime bien la magie, je suis bon public. Dans ma génération, si à 10, voire 12 ans, tu n’avais pas reçu en cadeau une mallette de magie, alors tu avais raté ton enfance. On a tous eu ça, sauf ceux qui étaient déjà bizarres et à qui les parents offraient des mallettes de petit chimiste. Je suis quasi certain que tous les gamins qui, comme moi, ont eu ces belles boites de magie (avec leur poignée, elles ressemblaient à un gros attaché‐case), les ont autant utilisées qu’une poule qui trouverait un couteau. Il y avait des tas d’objets dedans, un jeu de cartes, des foulards, un faux œuf avec un trou… mais il fallait lire un livret pour comprendre comment les utiliser ; or aucun môme de cet âge n’a lu un manuel pour travailler ensuite inlassablement un tour seul dans son coin jusqu’à le maîtriser pour, in fine, l’effectuer devant un public. Je ne sais pas où a fini cette mallette.
Renaud Czarnes, L’épaisseur du trait, Heliopoles
Finalement, des années plus tard, le personnage principal du dernier roman de Renaud Czarnes reprend goût, étant adulte, à l’illusion (il bosse dans une agence de communication) et à la prestidigitation. Comme l’auteur peut‐être.
(…) Une voix séduisante vous parvient : « Voulez‐vous voir couler le sang ? » Dans une lumière bleutée mêlée à un nuage d’éther et à une forte odeur d’encens qui vous fait tourner la tête, un corps nu apparaît, portant pour seul vêtement un léger voile de lin. La silhouette se dirige lentement vers une table sur laquelle trônent poignards, épingles et sabres acérés. Soudain, elle déchire sa gandoura d’un geste brusque. Cette apparition d’une vingtaine d’années, au teint olive et aux cheveux noir de jais, c’est le fakir Tahra Bey, qui, par son seul nom, attire chaque soir des centaines de curieux, amateurs de sensations fortes. Plusieurs jours durant, il présente un programme bien huilé de tours plus sensationnels les uns que les autres : insensibilité à la douleur, catalepsie sur les animaux, divination, enterrement vivant…
Fleur Hopkins‐Loferon, Les nouveaux fakirs, Puf
Fleur Hopkins‐Loféron porte un intérêt marqué pour le fakirisme, elle le prouve avec ce dernier ouvrage.
De l’illusionnisme au fakirisme il n’y a sans doute qu’un pas. Celui que franchit le public jusqu’aux scènes du music‐hall pour se laisser entraîner…vers quoi ?
Pourquoi cette fascination ?
Ce sera l’un des thèmes de cette émission.
La publicité du Fakir Birman disait DANS L’ENNUI VENEZ A LUI. ; nous, nous écrivons DANS L’ILLUSOIRE VENEZ A BULLES NOIRES.